Lemercier.                                    59
L EMERCIER, directeur du spectacle des Variétés-Amusantes en société avec Malter et Hamoire en 1779, dépossédé en 1785 par Gaillard et Dorfeuille.
Sur la requête préfentée au Roi étant en fon Confeilpar le fleur Lemercier, ancien officier chez Sa Majefté, contenant qu'il ne peut être que le fu'ppliant demeure plus longtems dans la plus extrême des détreffes quand toute fa for­tune eft entre les mains de fés adversaires ; il eft au moins jufte que dans cet état fâcheux il obtienne une provifion alimentaire jufqu'au jugement des con-teftations d'entre les parties.
Le Suppliant poffédoit avec les fieurs Malter et Hamoir l'entreprise du Spec­tacle des Variétés-Amufantes. Le fleur LécluSe, qui exploitoit cc Spectacle avant eux, étant hors d'état de fe Soutenir, ces trois particuliers furent agréés par le Gouvernement pour en être chargés. Il fallut pour cela commencer par payer au fieut Léclufe une Somme de 44,261 livres dont il s'étoit endetté dans Son entreprise et lui faire une rente ou penfion fur le fpectacle de 4,000 livres par année. Tout cela fut arrêté Sous l'autorité du Sieur Lieutenant gé­néral de police par actepaSfé par-devant notaires à Paris, le 6 août 1780. Le Suppliant et fés affociés entrèrent en conféquence en pofSeffion du privilège des Variétés. D'un Spectacle trivial et populaire qu'il étoit, ils relevèrent i un rang distingué dans Son genre, tant par le choix des pièces qu'ils achetè­rent des meilleurs auteurs, que par les acteurs qu'ils y employèrent, par les Salles mêmes qu'ils firent construire. Les fieurs Malter, Hamoir et Lemercier firent dans le même inStant édifier trois Salles très-belles avec la plus grande célérité aux Soires St-Germain et St-Laurent et Sur les boulevards, qui leur coûtèrent près de 250,000 livres. Ils achetèrent ou louèrent les terrains dc toutes ces Salles moyennant d'autres Sommes très-groSTes tant en payemens faits fur-le-champ qu'en penfions et loyers. Les trois théâtres bâtis, il fallut les monter en décorations, en habillemens pour les acteurs dont les comptes des caiffiers, pendant qu'ils ont tenu ce fpectacle, montent à 82,870 livres 4 fols 2 deniers ; leurs pièces jouées dans le même tems montent, fuivant les au­tres comptes de cette partie, à 34,300 livres. Bientôt cc fpectacle devint tel­lement en vogue que l'Académie de l'Opéra crut devoir le mettre à contri­bution, d'abord au payement de 12 livres par jour et enfuite de 36 livres et dont aujourd'hui elle retire 30,000 livres, par le nouveau bail qu'elle en a fait depuis l'attribution que Sa Majefté lui en a donnée. A cela Sut jointe l'obligation de donner le quart du produit net pour les pauvres, ce qui a produit au delà de 50,000 livres par an à l'Hôpital général. C'étoit affu-rément une des plus étonnantes créations et des plus utiles qu'il fût poffiblc de faire en auffi peu de tems, avec autant de fuccès. Cependant l'on doit penfer que la fortune des trois affociés ne put remplir fur-le-champ autant de dépenfes ; il fallut devoir aux entrepreneurs ct ouvriers. L'on fit des ar-rangemens avec eux à ce fujet par actes des 6 et 8 mars 1781 et 16 juillet